Coach, le métier du juste effort

13 juin 2019 à 12:16

Lors de mes interventions dans les formations CIEO d’Activision Coaching réunissant des personnes aux parcours professionnels divers et souhaitant devenir coach, j’avais pour habitude d’utiliser une expression volontairement provocante pour insister sur la nécessité de laisser travailler son coaché :
« Le coaching c’est un métier de fainéant ! ».
J’agrémentais toujours cette sortie avec le non verbal du gars plutôt espiègle, content d’avoir fait un bon mot. Puis j’ajoutais :
« Moins vous préparez la séance, plus vous faites de place à votre coaché, plus vous restez en présence avec lui, mieux cela se passera et plus votre coaché en tirera de bénéfices ! ».

Cela a toujours fait son effet et après un moment d’étonnement, mes élèves qui commençaient aussi à comprendre mon mode de fonctionnement et ma forme d’humour, toléraient cette qualification. Ou tout du moins je pensais qu’ils la toléraient et surtout qu’ils comprenaient mon message.

Jusqu’au jour où avec une promotion, j’ai dû faire face à une levée de boucliers, alimentée par deux participants qui étaient trop déstabilisés par cette expression. Une colère les animait :
« Ah non ! Ce n’est pas du tout un métier de fainéant ! Quand on voit tout ce qu’on doit savoir, tout ce qu’il faut faire pour obtenir une certification ICF, ce n’est pas du tout un métier de fainéant ! Et puis je ne me lance pas dans cette voie pour me faire dire que je suis fainéant !…. »

Pour la première fois c’est moi qui étais étonné par leur réaction, d’ailleurs juste sur le fond si on prend l’expression au pied de la lettre.
Après avoir accueilli cette colère, j’ai ouvert une discussion plus apaisée sur le sens de ce qui est attendu dans la posture de coach.
Ce qui est devenu certain, pour moi, c’est que « fainéant » ne devait plus être utilisé pour qualifier ce merveilleux métier et je leur ai alors promis de trouver une autre expression que nous validerions ensemble dans le cours de la formation.

En effet, il n’est pas juste de dire « fainéant », alors que pour arriver à la pleine posture de coach, cela passe par plusieurs étapes exigeantes, qui nécessitent des efforts importants et qui permettent peu à peu de comprendre et de savoir mettre en place les bons réflexes lors des séances avec ses clients.

Tout d’abord chacun va déconstruire ses propres croyances sur ce métier :
Oui faire du coaching c’est aider mon client, mais Non ce n’est pas lui dire ce qu’il doit faire, ou ce que je pense qu’il pourrait faire pour avancer sur sa situation.
Oui faire du coaching c’est aider mon client à avancer dans la résolution de son « problème », mais Non ce n’est pas résoudre son problème.
Oui faire du coaching c’est co‐créer un plan d’action d’amélioration, mais Non ce n’est pas juger de l’importance des actions. Ce qui me paraît évident ou être un tout petit pas pour moi, est peut‐être une révélation ou un changement important pour mon client.
Bref il faut sans cesse trouver la juste mesure entre « mes envies de bien faire » pour le client et lui laisser sa responsabilité dans le changement.

Ensuite les personnes intéressées par le coaching vont découvrir un univers professionnel parfois insoupçonné : c’est un vrai métier, professionnalisé par ses pratiquants au travers d’organisations comme ICF (International Coach Federation). ICF a établi un code de déontologie du métier, a défini le référentiel des 11 compétences pour la posture de coach, a accrédité des écoles pour délivrer des formations en ligne avec ces exigences et a mis en place des processus de certification des coachs sur 3 niveaux correspondant à des heures de pratique et de formation qui permettront aux coachs d’évaluer leur progression tout au long de leur carrière et aux clients d’avoir une garantie sur l’expérience des coachs sollicités. Enfin, récemment, en France, le travail de cette association a permis d’obtenir le référencement RNCP du métier de coach, qui est donc officiellement reconnu comme profession. À juste titre.

Toute personne qui se projette dans ce métier passera inévitablement par un vrai travail d’approfondissement de la connaissance de soi.
Bien connaître son mode de fonctionnement, ses motivations, ses croyances, ses limites dans ce qui peut se passer dans les interactions est fondamental lors des séances avec ses clients pour savoir discerner ce qui vient de soi et ce qui vient du client. Pour trouver la juste distance avec son client et avec le sujet qu’il aborde.

Lors de la formation au coaching, l’intégration des 11 compétences décrites par ICF se fera progressivement. Tout d’abord par la compréhension de leur définition et de ce que chacune d’elle apporte à la posture de coach, puis par la mise en pratique lors de séances de coaching observées. Intégrer ces notions en les pratiquant demande un effort important et passera toujours par des erreurs qui ne manqueront pas d’être relevées, avec bienveillance, par les formateurs et par les observateurs.

Mais dans tous les cas cela demande de l’humilité et parfois des remises en question sur ce que l’on croyait maîtriser.
Un effort pour se mettre en situation de coach devant d’autres personnes, un effort pour observer ses pairs et savoir leur donner des options justes, en toute bienveillance et sans jugement.

Le processus de formation se termine par un examen comprenant une séance de coaching observée qui sera évaluée par un jury de formateurs, par la rédaction d’un rapport réflexif sur sa progression sur les 11 compétences et par la fourniture d’autres travaux écrits et de présentations en fonction des cursus suivis. Cela représente une somme d’efforts pour des personnes en reconversion dans leur vie active, qui doivent en quelque sorte retrouver une dynamique d’étudiant.

C’est ensuite que l’exercice de ce métier va se concrétiser dans la vie professionnelle de chacun, en passant par d’autres étapes plus ou moins difficiles suivant les personnalités pour trouver des clients. Enfin, après l’atteinte des seuils d’expérience requis, une étape de certification par ICF peut être envisagée au prix d’autres efforts de préparation.

Bref c’est une route pavée de découvertes, d’efforts et d’ajustement permanent de sa posture aux exigences du métier, à sa personnalité et aux cas rencontrés.

Après plusieurs échanges avec les participants au cours de la promotion CIEO11 je leur ai proposé l’expression suivante :

« Coach : le Métier du Juste Effort »

« Devenir coach et exercer le métier de coach demande beaucoup d’efforts avant les séances. Mais lorsqu’on rentre dans une séance de coaching, il est bon d’oublier tout cela, d’être en pleine présence avec son client, de garder le cadre de la séance, d’intervenir au bon moment avec le minimum de mots et la juste distance pour que le client travaille sur sa situation et qu’il prenne conscience lui‐même de nouveaux éléments qui vont l’aider à progresser. »

Cela a tout de suite été approuvé, car c’est un terme positif, représentatif du travail pour y arriver et qui illustre bien l’économie maîtrisée de moyens pour rendre une séance puissante.

L’âme poète de ce groupe a alors souligné que cela pouvait aussi s’écrire :

« Coach : le métier du Juste et Fort. »

Il n’en fallait pas plus pour entériner l’expression.

Merci à  cette promotion pour cette prise de conscience et pour cette construction pédagogique collective.

 

Patrick Haie – Coach Professionnel certifié PCC (Professional Certified Coach) par ICF et formateur au sein de l’école Activision Coaching Institute.

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